Interview d’Arnaud Le Roy, Responsable technique chez Naval Energies

 

Naval Energies est partenaire du projet des éoliennes flottantes de Groix & Belle-Ile depuis le début, pourriez-vous nous décrire votre activité et votre rôle au sein de ce projet ?

Je suis Responsable technique pour les flotteurs et leur ancrage, c’est-à-dire que je coordonne les travaux d’ingénierie et de conception de ces deux systèmes pour les adapter aux conditions du site de Groix & Belle-Ile (vents forts et grosse houle) . J’assure également le rôle d’Architecte Naval, ce qui correspond à ma formation initiale, et suis donc responsable d’effectuer les grands choix architecturaux du flotteur.

Comment s’organise l’équipe ?

L’équipe Naval Energies dédiée au projet s’articule autour d’un pôle de gestion de projet (pilotage des coûts, délais et qualité, gestion contractuelle, gestion documentaire, achats) et de 3 pôles opérationnels : ingénierie (conception), industrialisation (fabrication) et opérations marines (installation). Les équipes techniques sont ainsi constituées de métiers très divers : architectes navals, responsables coque/structure, ingénieurs calculs, concepteurs ancrage, responsables d’industrialisation et spécialistes en opérations marines. Tous ces métiers travaillent ensemble, pour concevoir un système de flotteurs et d’ancrage adapté aux conditions de mer observés entre Groix & Belle-Ile.

 

En tant que manager technique quelles sont vos missions au quotidien notamment sur un projet tel que celui des éoliennes flottantes de Groix & Belle-Ile ?

Une éolienne flottante est un système complexe, avec un grand nombre d’interactions et de couplages dynamiques entre les différents composants (turbine, flotteur, ancrage, câble d’export d’électricité). Les contraintes météorologiques et océaniques (vent, houle, courant marin) parfois très sévères rendent la conception particulièrement ardue. Sans oublier la nécessité de maximiser la production d’énergie électrique produite et de contenir les coûts de fabrication. Je suis chargé de retranscrire ces contraintes dans la conception des produits conçus par Naval Energies. C’est ce qu’on appelle l’Ingénierie Système. Après le cadrage de la direction de projet et en conformité avec les attentes du maître d’ouvrage, je donne les instructions techniques à chaque corps de métier et si nécessaire, je suis amené à faire des arbitrages techniques. Chaque métier produit une « brique technologique » et il faut s’assurer qu’elles puissent s’assembler entre-elles. J’assure le liant entre toutes ces briques !  Concrètement, j’anime des réunions qui permettent de vérifier les avancements et le respect des contraintes techniques, mais ce sont surtout des échanges quotidiens avec chacun qui font avancer les travaux. Le facteur humain est particulièrement important car nous avons besoin de la mobilisation, de la créativité et des compétences de tous pour mener à bien ce projet.

 

Pourriez-vous nous en dire davantage sur la technologie du flotteur, son fonctionnement ?

Le flotteur d’éolienne développé par Naval Energies est dit semi-submersible : une fois positionné sur site, ses ballasts(1) sont remplis d’eau permettant d’augmenter son tirant d’eau et d’offrir ainsi une meilleure stabilité. Le flotteur est constitué d’une colonne centrale sur laquelle est montée le mat et la turbine de l’éolienne et de trois colonnes périphériques, chacune reliée à la colonne centrale par un ponton. Cet aspect épuré permet d’optimiser la fabrication et ainsi diminuer les coûts et les contraintes de production. Les études d’industrialisation ont aussi montré récemment que, dans le cadre du projet Groix & Belle-Ile, c’est le choix d’un flotteur tout acier qui était le plus pertinent.

 

Dans le cadre du projet Groix & Belle-Ile, à quelles exigences particulières êtes-vous confrontés pour le design de flotteur, notamment avec les contraintes de houle, courant… ?

Le site de Groix & Belle-Ile est particulièrement contraignant et spécifique. En effet, il combine à la fois une relativement faible profondeur pour l’éolien flottant et des fortes houles. Cependant, il est aussi très représentatif des conditions océaniques dans lesquelles la plupart des futurs parcs éoliens flottants seront installés.  Une grande attention a dû notamment être apportée au dimensionnement de l’ancrage et de certains éléments de la structure du flotteur, tels que la jonction entre la colonne centrale et les pontons.

 

Quelles sont les innovations, les nouveautés développées spécifiquement pour ce projet ?

C’est en réalité l’ensemble du projet qui est novateur : il s’agira de la première ferme d’éoliennes flottantes en conditions océaniques en France et l’une des toutes premières dans le monde. Naval Energies a développé une technologie simple et robuste, minimisant la maintenance et directement exportable vers des projets de fermes commerciales.. Nous avons ainsi développé un système dont l’objectif est d’amortir les mouvements provoqués par la houle. Notre flotteur a l’avantage d’avoir un tirant d’eau réduit, c’est-à-dire que sa profondeur, lorsqu’il n’est pas rempli d’eau, est faible.  Ceci permet de minimiser les contraintes sur les infrastructures portuaires lors de l’assemblage de l’éolienne sur le flotteur et lors du remorquage en sortie de port.

(1) Ballast : Réservoir permettant de lester un flotteur pour obtenir un tirant d’eau suffisant