Président du Comité Régional des Pêches Maritimes et des Élevages Marins de Bretagne

Interview olivier le nezet comité des pêches

Historiquement quelle a été l’implication du Comité Départemental des Pêches Maritimes du Morbihan dans le projet d’éoliennes entre Groix et Belle-Île ? 

Au début du projet en 2008, le Comité Départemental des Pêches Maritimes et des Elevages Marins du Morbihan a simplement été informé de ce dossier ; certainement pas assez à mon goût au demeurant, vu l’impact qu’il a sur l’activité de pêche. Mais les années passant, nous avons été de plus en plus étroitement associés aux différentes étapes du développement de la ferme pilote avec les opérateurs successifs. Nous avons ainsi été consultés pour définir le site d’implantation des éoliennes ainsi que le tracé du câble de raccordement vers Erdeven. Certaines études scientifiques ont été menées depuis des navires morbihannais, des pêcheurs ont apporté leurs connaissances du secteur aux bureaux d’études, nous avons même recruté à Lorient une chargée de mission qui travaille uniquement sur ce dossier. C’est dire le sérieux avec lequel nous suivons ce dossier. Si ce projet peut en être là où il en est aujourd’hui, c’est notamment grâce à la collaboration active de la pêche professionnelle.
Le CDPMEM 56 s’est toujours positionné comme un acteur responsable et constructif. Nous ne nous sommes jamais opposés par principe à un projet qui a pourtant un impact non négligeable sur l’activité des pêcheurs professionnels. Nous avons parfaitement conscience des enjeux à long terme que représentent les énergies renouvelables. Cela ne signifie pas pour autant que nous sommes prêts à tout accepter. Je serai toujours extrêmement vigilant à défendre les intérêts de la pêche professionnelle. Ainsi le dialogue avec les développeurs est essentiel. Il est hors de question que nous soyons mis au pied du mur ou que nous apprenions dans la presse une étape nouvelle dans la construction de la ferme pilote.

Précisément, comment les pêcheurs professionnels appréhendent-ils ce projet ? 

La pêche professionnelle est le secteur d’activité qui sera le plus impacté par les éoliennes de Groix et Belle-Île. Nous allons perdre environ 10 km² d’une zone de pêche particulièrement poissonneuse où travaillent tous les métiers (chalutiers, fileyeurs, caseyeurs..). Certes le CDPMEM 56 a contribué à définir une zone de moindre contrainte. Mais les mots font sens : moindre contrainte ne signifie pas absence de contrainte. Cette future ferme pilote ne constitue donc pas a priori une bonne nouvelle pour les pêcheurs. L’éolien flottant n’ayant jamais été expérimenté sur nos côtes, les professionnels ont aussi des inquiétudes quant à l’impact à long terme sur la ressource halieutique, l’environnement marin ou les questions de sécurité maritime. La ferme pilote devra apporter des réponses à ces inquiétudes et permettre d’étudier les interactions entre la pêche et l’éolien flottant. Les Comités des Pêches -tant départemental que régional- participeront aux différentes instances de suivi afin de contribuer aux échanges, pouvoir tirer tous les enseignements de la ferme pilote et orienter les développements futurs. Mais, je le répète, il n’y a pas d’opposition de principe à ce projet de notre part, juste une vigilance de chaque instant pour veiller à ce que le point de vue des pêcheurs professionnels soit écouté et leurs intérêts pris en compte.

Vous travaillez avec EOLFI, maître d’ouvrage délégué du projet, pouvez-vous nous expliquer les mesures de sécurité mises en place et votre collaboration ?  

La chargée de mission Energies Marines Renouvelables au CDPMEM 56 a notamment pour rôle de transmettre toutes les informations concernant le projet aux professionnels. Ainsi, lors de campagnes en mer, les pêcheurs reçoivent les informations leur permettant de s’adapter à la présence d’un navire opérateur sur zone, et donc de limiter la potentielle casse d’engins de pêche ou de gêne des opérations. A ce jour, les opérations réalisées ne duraient que quelques semaines, mais à l’avenir, avec les travaux d’installation, je suis conscient que cela prendra une toute autre dimension. Ainsi, avec le concours d’EOLFI, nous allons travailler sur le développement de moyens de communication et d’information des professionnels plus performants (application, support cartographique, planning mis à jour en temps réel,…).
En outre, une fois les éoliennes installées, bien qu’elles seront signalées sur les cartes marines, balisées et équipées de transmetteurs de type AIS, elles constitueront toujours un potentiel obstacle à la navigation. Afin de veiller à la sécurité des marins, EOLFI nous a permis de réaliser un projet d’équipement des pêcheurs professionnels avec des gilets de sauvetage dotés de balises de localisation individuelles. Un projet qui a également bénéficié du soutien financier de la Région Bretagne et de France Filière Pêche. La sécurité des hommes à bord est une préoccupation majeure de la filière et concourt à l’amélioration de l’attractivité du métier de marin pêcheur. En effet, au regard des drames passés, il est impératif d’améliorer la géolocalisation des marins afin de réduire le temps de recherche en cas de chute en mer.

Comment voyez-vous le développement des projets d’énergies marines renouvelables en Bretagne Sud à moyen terme ?  

On parle beaucoup de projets d’EMR actuellement, non seulement en Bretagne mais partout en France. Les techniques envisagées sont nombreuses : hydroliennes, éoliennes flottantes ou posées, systèmes houlomoteurs… Du côté des pouvoirs publics comme des industriels, la volonté d’aller vers un développement croissant des EMR est donc clairement affichée. Les enjeux sont énormes, aussi bien au niveau climatique qu’au niveau des projets industriels. Pour la filière Pêche professionnelle, cela suscite de réelles inquiétudes car il s’agit d’une occupation supplémentaire de l’espace maritime. Entre les aires marines protégées, les EMR, les projets d’extraction de sable, le développement de la plaisance…, je me demande s’il restera un jour des zones disponibles pour la pêche. Or, faut-il le rappeler, les pêcheurs professionnels contribuent à nourrir la planète. Là encore je ne suis pas dans l’opposition frontale à des projets dont je comprends -pour certains- la pertinence. Mais les incertitudes -donc les inquiétudes pour l’avenir de la profession- sont nombreuses. Les pêcheurs ne souhaitent pas être de simples spectateurs mais bien de réels acteurs dans ces projets d’aménagement de l’espace marin. La clé reste la concertation avec tous les développeurs de projets.